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La conservation des espèces menacées nécessite d’adopter une approche à l’échelle du paysage ou à l’échelle régionale pour maintenir la connectivité entre les populations. Dans un nouvelle étude, Rodrigues et ses collègues proposent un cadre pour informer la conservation de la connectivité à l’échelle du pays pour les grands carnivores, en se concentrant sur le chien sauvage asiatique en voie de disparition en Inde.

Pourquoi conserver la connectivité ?

L’augmentation de l’empreinte humaine et les changements rapides dans les modes d’utilisation des terres menacent l’existence de plusieurs espèces menacées. Des études récentes ont appelé à passer d’une approche centrée sur la population à une perspective à l’échelle du paysage ou régionale pour sauvegarder et faciliter la connectivité entre les populations.

La connectivité à différentes échelles peut fournir des informations et des déductions uniques et complémentaires pour les actions de conservation. Ces échelles peuvent être au niveau (1) de l’aire de répartition ou au niveau national pour évaluer les interventions de conservation transfrontalières, (2) au niveau régional pour identifier les métapopulations, les corridors de connectivité et les populations potentielles source-puits, ou (3) à des échelles spatiales plus petites. des échelles telles que le niveau du paysage pour aider à la hiérarchisation spatiale, à la conception du corridor et à l’évaluation de la fonctionnalité du corridor.

Quelles échelles faut-il considérer ?

Les interventions de conservation sont souvent mises en œuvre sur la base de juridictions politiques. Lier les résultats écologiquement pertinents aux unités administratives permettrait donc de faciliter la mise en œuvre d’actions de conservation ciblées et de renforcer les liens entre écologie et politique.

Dans notre étudier, nous présentons un cadre d’évaluation de la conservation de la connectivité qui relie les échelles écologiques et administratives, optimisant ainsi sa pertinence pour les praticiens. Nous avons d’abord considéré l’échelle nationale pour évaluer les modèles de connectivité potentiels à travers le pays et pour identifier les zones prioritaires pour les efforts de conservation transfrontaliers. À une plus petite échelle régionale, nous avons délimité des paysages de conservation éclairés par l’écologie des espèces.

Nous nous sommes ensuite concentrés sur les aires protégées ou les sources potentielles de population pour évaluer le degré de connectivité au sein de chaque paysage. Enfin, à la plus petite échelle, nous avons exploré l’accessibilité des espèces à des habitats optimaux (proxy pour les ressources) au sein des paysages, et superposé des unités administratives pour hiérarchiser les unités nécessitant des efforts de conservation ciblés.

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Un cadre pour réaliser des évaluations de connectivité à plusieurs échelles pertinentes pour l’écologie et l’administration. Les cases noires représentent les échelles individuelles auxquelles les évaluations peuvent être faites. Les cercles correspondants en pointillés indiquent l’aspect spécifique examiné (caractère normal) et la méthode ou le concept analytique utilisé (caractère en italique).

Les chiens sauvages de l’Inde comme étude de cas

Nous avons appliqué ce cadre au chien sauvage asiatique ou « dhole » en voie de disparition en Inde. La connectivité à l’échelle du pays a été évaluée parmi 155 populations sources potentielles (aires protégées). Les populations de Dhole se répartissaient dans trois paysages de conservation – les Ghâts occidentaux et orientaux (WEG), le paysage de l’Inde centrale (CIL) et le nord-est de l’Inde (NEI) – présentant divers degrés de connectivité et de menaces anthropiques.

Les grappes de population source au sein de WEG étaient essentielles pour maintenir la connectivité à travers le paysage, tandis que les populations à travers CIL et NEI avaient une connectivité similaire. L’accès à des habitats optimaux reposait sur des AP fonctionnant comme des tremplins et des corridors structurels entre les AP. Enfin, nous avons identifié 114 unités administratives prioritaires pour la consolidation de l’habitat afin d’améliorer la connectivité.

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Les dholes sont des prédateurs de pointe trouvés en Asie du Sud et du Sud-Est. Ce sont des animaux sociaux tributaires de la forêt qui vivent en meutes d’environ 8 à 10 individus. À l’échelle mondiale, il y a moins de 2000 individus matures qui habitent en grande partie des habitats forestiers. Assurer la conservation à long terme de l’espèce nécessite la sauvegarde des populations individuelles et le maintien de la connectivité entre elles. Photo : Diinesh Kumble

Nos résultats montrent que les populations de NEI sont susceptibles de bénéficier des collaborations internationales entre l’Inde et d’autres pays d’Asie du Sud, à savoir le Népal, le Bhoutan, la Chine et le Myanmar. Nous fournissons la première preuve du lien entre les populations des Ghâts occidentaux et orientaux ; bien que les populations des Ghâts orientaux semblent être largement limitées aux aires protégées et faiblement liées au paysage dans l’ensemble. Nos résultats suggèrent également que les actions de conservation de la connectivité devraient être ciblées dans WEG en raison de sa configuration spatiale vulnérable (linéaire), et dans CIL car il a une proportion plus faible de zones sous protection et a besoin de corridors fonctionnels pour connecter les populations.

Points clés à retenir

Notre étude a atteint trois objectifs clés : (1) les principaux résultats offrent des informations importantes sur un carnivore relativement sous-étudié dans une région d’importance mondiale ; (2) nous montrons comment le renforcement progressif des connaissances peut bénéficier aux espèces qui n’ont pas une longue histoire d’évaluations quantitatives ciblées et systématiques ; et (3) notre cadre, qui utilise des données open source, des informations publiées et des logiciels ou codes librement accessibles, peut être appliqué à d’autres espèces sous-étudiées dont la conservation est préoccupante, en particulier sous les tropiques et dans les pays du Sud.

La mise en œuvre d’interventions de conservation fondées sur des preuves dépend de la volonté politique et des juridictions administratives. L’extension de notre approche à d’autres régions et paysages pourrait contribuer à créer des plans de conservation des espèces plus complets qui intègrent explicitement des considérations de connectivité.

Lire l’article complet Chien dans la matrice : Envisager la conservation de la connectivité à l’échelle du pays pour un carnivore en voie de disparition dans Journal d’écologie appliquée.


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